Un jour sur deux

Un jour sur deux, huile sur toile, 77x77cm

Il montre le tableau du doigt en détournant les yeux.

– Votre tableau n’est pas vendable !

– Je sais. Si, je peignais que ce qui se vend, je serais riche. À croire, que j‘ai des difficultés avec la notion de richesse.

– Mais, pourquoi la corrida ? Le taureau, un si bel animal, sans défense. Comment peut-on de nos jours encourager un tel spectacle ? Je ne comprends pas… Il y a des gens qui paient pour aller voir ce truc. C’est dégueulasse !

– Je peins ce que je connais. Là commence et finit, ce que j’appelle, ma conscience d’artiste. La corrida ! je connais. L’été, il y en a dans presque tous les villages de ma région. Le taureau de combat, n’est pas un animal sans défense. Il est dangereux, imprévisible, sauvage… croyez-moi.

– Oui, mais là… votre taureau est une femme ?

– Il ne faudrait arrêter de croire que les femmes sont sans défense. Quand une femme se fait ‚‘‘torgnioler‘‘, elle est aussi faible qu’un taureau de combat dans l‘arène, les cornes en moins. Faut arrêter de croire que les femmes battues se laissent faire. Pire, qu‘elles aiment ça.

– Vous ne pouvez pas peindre une chose pareille. C’est pas la réalité.

– C’est EXACTEMENT la réalité !

– Peux pas regarder…

– Est-ce la femme à la place du taureau qui vous dérange ?

– Je n’ai jamais vu de corrida. Je n’en verrai jamais.

– Et la mort vous l’avez déjà vu ? Le sang ?

– Oui ! Mais pas comme ça.

– Je vais vous raconter : au début il y a la musique. Les gens prennent place dans les gradins. C’est la fête ! Les hommes sont séduisants. Les femmes coquettes derrières les éventails colorés, minaudent. Elles sont charmantes. Puis, comme une danse rythmée par la fanfare, la femme-animale et  l’homme-dieu jouent. L’un secoue une cape rose et jaune et l’autre passe dessous. Action, réaction, le premier propose, l’autre se soumet. Puis on s’aperçoit que le taureau à l’air de souffrir. Un taureau ça ne parle pas : ça râle ; ça beugle ; ça mugit. Il secoue son corps. il est maladroit. Nerveux, Il essaie en vain, de se débarrasser des drôles de flèches (les banderilles) qu’on lui enfoncé dans le milieu du dos. À chaque fois, la foule joyeuse crie : OLÉ ! Il saigne mais le sang mélangé au noir de sa fourrure est invisible, jusqu’à ce que des perles rouges gouttent sur le sable. Rouge et jaune le contraste est indiscutable. La bête ne sait toujours pas qu’elle va mourir. Musique maestro ! 

Le torero a changé sa cape de parade rose pour une rouge, beaucoup plus… sérieuse. Inquiétante.Derrière la muleta (le nom de la cape rouge en question),  il cache son arme.

Trompette une fois,  cette fois.

L’arène arrête de respirer. Silence. Respect devant la mort.

Quelques passes pour distraire l’animal. L’homme se concentre. D’un geste martial, qui vient du fond des temps. Il lève l’épée lentement au niveau de sa bouche. Puis au ralenti son bras droit se tend à la verticale, lui donnant une allonge irréelle. Le corp souple, en appui, sur la jambe gauche, le genou plié, l‘homme prend l’impulsion nécessaire au coup. Il bondit. La lame entre au centre exact des omoplates. Transperce le coeur.  Autant vous dire que c’est pas simple… c‘est l‘estocade ! Enfant, je me cachais les yeux pour ne pas voir. Si le taureau n’est pas mort sur le coup, le torero recommence, recommence encore sous la bronca. Déshonneur pour un torero ! Les spectateurs détestent ceux qui manquent leur coup… un bon torero doit tuer vite et bien. En une fois, sans se reprendre.

– C‘est atroce !

– Ça l‘est ! Mais je vais vous dire ce que j’ai raconté à mon mari québécois (on le raconte aussi aux enfants) la première fois qu’il a assisté à une corrida : c’est très, très rare, mais si le taureau est particulièrement valeureux, il est gracié. Si (encore un si je vous accorde qu’il y a trop de conditionnels), donc si, le taureau arrive à survivre à ses blessures, il aura une vie de rêve. Faut dire que quelquefois, c’est le torero qui meurt.

– Mais quelle horreur ! Pourquoi mourir dans la force de l’âge ?

– Je pense exactement comme vous. Personne ne devrait jamais mourir pour rien.

Un jour sur deux, une femme meurt sous les coups de son compagnon et ça me bouleverse.


Loulou

Loulou
Acrylique sur toile 102X143 cm, 60X40‘‘,
Année 2012. VENDU.


Nous avions mes amis artistes Michel T. Desroches, Gilles Vallée et moi (je signais RHEIN à l’époque) organisé une exposition pluridisciplinaire avec le désir de sensibiliser le public à la maladie d‘Alzheimer.
Notre exposition a été vue en 2013 au CHUM, hôpital Notre-Dame et dans le service Stop Alzheimer de l‘hôpital Douglas.

L‘histoire :

Loulou était vieux, mais pas tant que ça. Avant d‘être malade, il aimait la mer, les voitures anciennes, sa femme, ses copains et ses petits enfants. Du jour au lendemain, il a glissé à toute vitesse dans une réalité qui n‘était pas la notre. Il disait des trucs bizarres, entendait des voix, était certain que des voleurs voulaient entrer par la porte-fenêtre du premier étage, celle qui donnait sur la piscine. Des bêtes dégoutantes grimpaient sur les murs de la maison, se faufilaient sous les meubles.
Cet après-midi dans le salon, la mer était mauvaise, assis dans le gros fauteuil anglais, Loulou était inquiet, ses longues mains agrippaient avec force les accoudoires rembourés. Il essayait de tout son corps de stabiliser une embarcation secouée par une mer déchainée. Le temps avait tourné trop rapidement. Il fallait rentrer au port sans attendre. Tous les bons marins savent que les tempêtes en méditerranée sont imprévisibles. Dangereuses. Loulou était de ceux-là. Un vrai bon marin !
Après l‘exposition, j‘ai animé tous les lundis après-midi jusqu’à il y a deux mois, des ateliers de peinture dans le service de gériatrie du CHUM. Durant sept ans, j’ai apporté mes couleurs à l’hôpital, ces patients m‘ont rendus leurs souvenirs, une humanité dégagée de conventions sociales. Ils m‘ont appris qu‘à l‘infinie fragilité de notre condition la seule réponse possible était l‘amour. Un amour délivré de la raison.
L‘expérience a été douloureuse et belle à la fois. Drôle souvent. Merveilleuse.

Hôpital Notre-Dame
vidéo Alliah productions

L’enfant métis

L’enfant métis

Série des icônes païennes
tempéra et feuille d‘or sur toile
51X41 cm 20 X 16‘‘
année 2019
550 $

J‘ai souvent peint ‚des mariages mixtes. L‘homme était noir et la femme blanche.

L‘histoire :

Quelques années avant de mourir ma grand-mère maternelle m‘a confiée avoir eu une relation amoureuse durant la guerre, avec un soldat américain noir.
Cette histoire, c‘est terminée par un drame horrible. Il m‘a fallu du temps, un travail de recomposition et d‘analyse pour comprendre que cet événement m‘avait marqué et toute notre lignée, au fer rouge.

À cette époque (1942-1945), en Algérie, une relation entre une jeune mère mariée à un officier à la guerre, avec un soldat américain de surcroit noir n‘était absolument pas envisageable.

L‘enfant métis n‘est pas né. Ma grand-mère a été mise au banc d’une certaine société et rejetée par sa famille.

Mais que ce serait-il passé si elle avait eu la force d‘assumer ? Le scandale ! Elle aurait divorcé, aurait été écartée de sa famille (c’est arrivé tout de même). Un enfant serait inévitablement né. La vie aurait était ailleurs, autrement . Ma mère qui a cette époque était née, aurait parlé anglais et francais. Je serais née en Amérique

Bon enfin… j‘ai peint cet enfant. l‘enfant métis. La seule réponse à la haine. La folie. Le racisme.
Le seul a être l‘avenir de l‘Homme.

Entre chien et loup tous les chats sont bleus


Entre chien et loup tous les chats sont bleus
Huile sur toile 61x46cm, 24X18 »
Année 2016
700 $

J’ai mis une nouvelle peinture dans la vitrine, celle d’hier a été vendue.

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 »Entre chien et loup tous les chats sont bleus »
Été 2016.
Lui et moi sommes dans mon atelier, minuscule véranda, construite de bric et de broc. La véranda était comme ma vie. Elle prenait l’eau, ne retenait ni la chaleur, ni la fraicheur, était suspendue au-dessus d’une ruelle oubliée, jungle urbaine, poubelles éventrées. Face arrière de la rue Ontario.
Lui, l’homme qui aime les livres et les chats. Sage. joie imperturbable.
j’ai peint.
Surtout, ne pas oublier l’arbre rouge qui bouffait la terrasse bancale ; le vieux chat malade à bout de vie qui se refugiait sur ses genoux. Le temps, mal défini par l’amour.
Sol instable, je m’accrochais à lui. Il était sourd à toutes les promesses d’effondrement. Ses jambes plantées à la terre absente. Il me montrait la patience. J’apprenais. L’échafaudage-terrasse a tenu.
Chat bleu. nuit. jour. lumière. ombre. vert. arbre rouge. soleil et lune mélangés. Donner du sens, équilibre, formes, couleurs. Juste, ne pas oublier.

Mes icônes païennes

En rangeant l’atelier, j’ai trouvé quatre morceaux de bois d’érable que Bruno s’était procuré il y a une vingtaine d’années avec l’idée de prendre des cours d’icônes. Il en a fait une. Un Saint Michel, je crois. Je manque de culture religieuse, (surtout d’expérience en ce qui concerne les saints). 

Que faire de quatre morceaux de bois secs, de 28 X 18,5 cm et d’1 cm d’épaisseur ? Des icônes ! 🙂

La technique originelle est la tempera à l’œuf qui consiste à mélanger le jaune de l’œuf préalablement lavé, débarrassé de son germe et émulsionné à l’eau aux pigments en poudre.

J’ai trouvé les pigments nécessaires chez Kama Pigments au 7442 de la rue St-Hubert, le plus beau magasin de vente de matériel d’Artistes de Montréal. Ils ont aussi un service de vente en ligne : https://www.kamapigment.com/

Alors la tempera ?
Elle porte bien son nom, elle demande patience et dextérité. Le temps de séchage rapide peut poser problème pour dégrader ou fondre les couleurs. Par contre, on peut revenir en glacis ou en flaque sur les aplats et avoir des effets surprenants.
En séchant (c’est normal) les pigments deviennent ternes, ils ressuscitent avec le vernis. 

La technique de l’icône

Érable  ou autre bois dur et sec
j’ai préparé les supports avec six couches d’un mélange de blanc de Meudon et de Gesso.
Préparation du liant à l’œuf
Un rouge neutre pour commencer
Et voilà la première
Les païennes,
tempera et feuille d’or sur bois, 28X18,5 cm

Elles sont à vendre au prix de 500 dollars l’une.

Femme, à un détail près

Ce livre est un recueil d’images et de mots. Il comprend  huit récits autobiographiques illustrés de mes œuvres sur ma condition d’artiste, de femme, de mère et d’immigrante. Il est édité au Québec, Canada par : La Compagnie à Numéro

la main d’Emmanuel
Indien, où es-tu ?

Vous pouvez vous le procurer à l’Atelier-Librairie, le livre voyageur, 2319 rue Bélanger, H2G1C9 Montréal.

et sur le site d’Amazon.ca https://www.amazon.ca/Femme-d%C3%A9tail-pr%C3%A8s-Fabienne-Roques/dp/2981508849/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1546809682&sr=8-1&keywords=fabienne+roques

Des images sur le rêve

Bruno Lalonde  est  libraire,  au hasard d’un vernissage d’amis communs, nous nous sommes rencontrés, puis rencontrés à nouveau dans la rue,  le métro, puis encore la rue…  La vie, cette drôle de dame  nous mettait sans arrêt l’un en face de l’autre,  faut dire que nous vivions dans le même quartier ce qui lui  a grandement facilité  les choses. Quelques mois plus tard nous avons décider de cesser cette drôle de danse, nous nous sommes mariés, pas  tout de suite… mais presque.

Comment aménager notre vie en fonction de notre travail et surtout  de notre amour ? Nous ne voulions pas être séparés, ni prendre un jour notre retraite, en grands passionnés que nous sommes.  À  partir de ces constatations   l’idée de l’Atelier-Librairie est née :  une librairie pour Bruno, un atelier pour moi et une maison au-dessus.

Nous avons mis un an  à donner sa forme au   projet, juste  le temps de vendre notre appartement et d’acheter cette bâtisse au 2319 de la rue Bélanger à Montréal.

Bonne visite !

 

 

 

C’est l’histoire d’une forêt

 

une histoire de foret

C’est l’histoire d’une forêt

Huile sur toile 36X30, 91X76 cm

 

Prix : 1 650 $

 

Les détails :

 

L’œuvre est disponible à l’Atelier-Librairie,

 2319 rue Bélanger,

H2G 1C9 Montréal,

(1)514 736 0999