À TEMPÉRA

Vous pensez tout connaitre de votre famille ?

installation de la performance

Je vous convie à assister à une rencontre familiale intime (nous serons dix), durant laquelle vous sera livré À TEMPÉRA, le secret.

Une performance mêlant : la parole, le geste et la peinture.

Entrée : 15 $

Vous devez réserver votre place par téléphone à la date qui vous convient :
438 378-7809

Dates des spectacles :

mercredi 31 août de 19h à 20h30
vendredi 2 septembre de 19 à 20h30
dimanche 4 septembre de 19h à 20h30
mardi 6 septembre de 19h à 20h30
jeudi 8 septembre de 19h à 20h30
samedi 10 septembre de 19h à 20h30
mercredi 14 septembre de 19h à 20h30
vendredi 16 septembre de 19h à 20h30
dimanche 18 septembre de 19h à 20h30
mardi 20 septembre de 19h à 20h30
jeudi 22 septembre de 19h à 20h30
samedi 24 septembre de 19h à 20h30
mercredi 28 septembre de 19h à 20h30
vendredi 30 septembre de 19h à 20h30

Tempêtes

Je me répète sans y croire que nous sommes en guerre. Ici, tout est pareil , derrière la fenêtre la neige enveloppe calmement la ruelle. Sur mon ordinateur, scènes de désolation : des hommes jeunes en habit militaire, des armes, des tanks, des bombes, des populations déplacées. Des civils meurent au hasard des obus. Exode, ils fuient enroulés dans des couvertures de fortune, leurs frères devenus ennemis.  Des mères épuisées aux yeux vides rassurent des enfants effrayés. Ils ont froid. Ils ont peur, la mort aux trousses, ils tentent de s’évader de l’enfer.

Je pense à mes enfants en France, à trois heures de ces scènes d’horreur. Je crains, pour leur avenir tout proche.

Je suis française, éduquée avec l’idée d’égalité et de fraternité. Ce précepte qui fait qu’un humain, peu importe sa nationalité, sa couleur de peau ou sa religion a mon respect. Cette notion de fraternité oblige. Je comprends ce que le mot guerre implique. Encore plus aujourd’hui, mon camp est celui de ceux qui souffrent.

 Je voudrais faire un câlin à Alice et Lucas.

Je voudrais embrasser ma fille et mon fils.

Je voudrais leur dire comme quand ils étaient petits, que si nous restons ensemble bien serrés, rien de mal ne pourrait nous arriver. Mais voilà…

Alors, Je peins des tempêtes.

Treize ans que je vis au Québec

J’ai beaucoup de pudeur à me raconter, mais ce matin j’ai envie de partager avec vous toute ma reconnaissance. Je suis au Québec depuis treize ans, exactement treize ans, le vingt-six février. Je suis arrivée avec trois de mes cinq enfants et leur père. Je peux vous dire qu’à l’époque je n’étais pas enthousiaste. J’avais suivi mon mari comme on mène une vache à l’abattoir. Les premières années furent pénibles. Au bout de quatre ans, j’ai demandé le divorce. Ce fut terrible ! Pour en finir, sous la contrainte et la menace j’ai été obligée de renoncer au patrimoine familial et au reste. Je n’avais pas d’autres choix que de recommencer, bâtir une vie sur un sol qui m’était encore étranger. L’immigration rend les femmes plus vulnérables que dans leur pays d’origine. Pour ces femmes, rien ne s’applique ni la loi d’ailleurs, ni celle d’ici, c’est un autre sujet. À cette époque, de nombreux amis, m’ont tourné le dos, ils avaient cru toutes les horreurs racontées par mon ex. Ces trahisons, je les ai vécues comme des deuils, des violences supplémentaires. J’étais isolée. Blessée. J’ai entrepris de commencer une thérapie. Je voulais arrêter de souffrir, trouver une explication à la violence qui me collait à la peau depuis l’enfance. Savoir ce qui ne marchait pas chez moi. La thérapie c’est dur ! ça remue ! Les vieilles affaires oubliées remontent et ça fait mal avant de faire du bien.

En 2014, j’ai eu de la chance ! La vie a mis Bruno sur mon chemin, j’étais à ramasser à la petite cuillère. Je ne savais plus à quoi me raccrocher, je serais bien ingrate si j’oubliais le soutien de mes deux magnifiques amies Aline et Anne-Évangéline, ces deux-là, je les ai emmerdées plus que de raison. Bruno et moi on s’est reconnu. Au premier regard, nous avions tout compris de l’autre : nos milieux d’origine, nos passés débiles, nos guerres, nos aspirations. Lui surtout a compris mes blessures, mon courage aussi. Je suis courageuse parce qu’à chaque fois j’ai eu peur. La vérité est que cette peur paralysante et l’idée de mort m’ont accompagnée toute mon existence. Vous savez, on fait toute une histoire de la mort, moi je l’ai côtoyée, regardée de très près, dans les moments difficiles elle a toujours été là, une obsession pour me rappeler que tant que j’étais vivante, je devais vivre. Je sais, qu’elle passera me prendre au bon moment. C’est pas la mort qui me fait peur, ce qui me fait peur c’est la vie, la bêtise, la violence.

En arrivant au Québec, l’idée que je me faisais du couple idéal, me semblait inatteignable, j’étais prête à renoncer à cet amour fantasmé, fait de douceur, de partage, de transparence, de joies simples, exactement, le contraire de ce que j’avais vécu dans le passé. De ce que je vivais au présent. À chaque fois, se reproduisait le même scénario, après quelques années de chaos, je partais le cœur en lambeaux sans demander mon reste. Je quittais des hommes furieux, blessés, incapable de comprendre, le pourquoi de mon irrévocable décision. Incapable d’entendre mes aspirations de relation idéale. Des lubies selon eux. Parce que, oui réussir sa vie de couple c’est exigeant. Il faut être drôlement discipliné. Le feu ça s’entretient, faut pas le laisser s’éteindre. Bientôt huit ans que Bruno et moi vivons cet amour parfait. Je me suis tellement battue. C’est un miracle.

Treize années que je suis au Québec. J’aime ce chiffre. Mon ex mari avait raison, il fallait que je parte. Un rayon de soleil cogne à la fenêtre de l’atelier, dehors il fait moins je ne sais combien ? Je me souviens de Nice, là-bas les mimosas doivent être en fleurs et les enfants en T-shirt ; des flocons légers dansent derrière la vitre, il y a vingt centimètres de neige au sol. Il fait si bon chez nous, ça sent le café et les mandarines. Je suis en paix, complètement à ma place. Heureuse. Mon pays c’est ici.

Merci !

l’icône du 21 novembre 2021

Hier, premier filage intégral de la pièce en présence de mon amie Fabienne Cabado.

Durant la seconde partie,  je dois écrire la fameuse icône manquante, avec la technique originelle de la tempera et de la feuille d’or.

L’enjeu de ce moment est d’arriver à peindre et dire le texte dans un même élan.

Avant de commencer, j’étais dans un état d’esprit de lâcher-prise, autant pour le travail de peinture, que pour la manière de vivre le texte. L’expérience fut étrange. Les mots et les gestes se sont articulés très naturellement, nourrissant au fur et à mesure du texte un sentiment de bien-être. J’ai garder tout au long du processus, une conscience aiguë de mes mouvements, de mes paroles, une grande fluidité émotionnelle.

J’ai cassé et dilué l’œuf puis souillé le papier avec de grosses gouttes de peinture rouge. Je me suis mise à genoux devant la feuille, dans une position confortable. J’ai dû me relever à plusieurs reprises pour prendre de la couleur. Le va-et-vient a un peu bousculé le rythme de création. La prochaine fois, je préparerai mon matériel au sol. À la fin, j’étais un peu sonnée. Fière de ce que je venais d’atteindre. L’œuvre s’était faite avec détachement et un fort sentiment d’appartenance ce qui peut paraître contradictoire et n’est pas habituel pour moi.

Comment je la trouve ?

Brute dans le traitement, singulière dans l’émotion.

J’aime le rouge éclairé par l’eau en flaques, la peau froissée, brisée par des cernes et des cicatrices de couleurs. Le grain géométrique du papier s’est révélé sur le menton et le cou au séchage.  Une ligne de pointillés gris traverse l’œuvre à la verticale, du sommet de la tête jusqu’au thorax . Ces tâches semblent être extérieures à l’œuvre. Elles ne souillent pas le personnage. Cette icône se tient derrière une vitre ?

 J’ai appliqué la feuille d’or rapidement. Le résultat est grossier. J’ai fini l’opération à la main, réflexe primordial, puisque la technique habituelle me résistait.

Le jaune encadre le personnage en transparence en se superposant aux autres couleurs.

Cette femme n’est pas jeune, les yeux cernés de brun, les paupières supérieures tombantes révèlent son âge. Elle regarde de côté, la tête penchée dans une posture d’écoute. De distance ? Elle est plus grave que triste.

Ce qui me frappe, ce sont les pupilles bleues disproportionnées, anormalement asymétriques qui s’intègrent pourtant correctement au visage. Les sourcils hauts semblent interroger de manière un peu dubitative. Le dessin de la bouche est étroit, ramassé, sans commissure. Les lèvres entrouvertes ne laissent échapper aucun son. Sa bouche de geisha, est sans aucun doute un élément de séduction, un signe de soumission aussi ; le contraire de ce qu’on appelle une grande gueule.

Elle est là.

Le premier article

Performance artistique l'icône manquante

Après plusieurs mois, je devrais dire années de travail, j’éprouve le besoin de partager sur ce site le processus créatif de cette œuvre à plusieurs volets. Je tiens aussi à en archiver les étapes, pas à pas.

Il y a deux ans, je suis trouvé par hasard dans un carton au fond de la cave quatre planches d’érable, des pigments et de la feuille d’or. Ce nécessaire complet pour faire des icônes appartenait à Bruno. Je me suis simplement dit qu’il serait stimulant d’écrire mes icônes, comme les anciens à la tempéra. Elles seraient personnelles, païennes et féminines(istes).

J’ai mélangé le jaune d’œuf, les pigments, l’eau, collé la feuille d’or. L’engrenage a pris. Après les quatre morceaux de bois, j’ai continué dans le même élan, sur la toile. Je figurais des personnages archétypaux forts que j’associais aux femmes de ma lignée. Vous savez, TOUTES Les femmes sont des héroïnes méconnues.

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Bach, de la couleur et de l’eau

Pourquoi, l’aquarelle ?

Parce que ça me rassure.

Peut-être un truc de l’enfance ?

Premier souvenir : j’étais élève à l’école primaire. J’excellais dans deux matières : le sport et l’art. Les autres disciplines m’ennuyaient prodigieusement. J’étais incapable de me tenir tranquille, mes jambes avaient la bougeotte, ma tête partait dans des rêveries sans fin.  Elle s’échappait par la fenêtre avec les misérables pigeons gris. Je les trouvais hideux, mais distrayants. Il y avait le borgne, l’unijambiste, le maigre, le déplumé. Ils s’ agglutinaient sur les gouttières, les rebords de fenêtres toujours fermées. À croire qu’ils passaient leur vie à chier, les fientes s’accumulaient en tas épais, juste à la hauteur des mes yeux. Je passais mes journées à attendre, résignée, la cloche qui mettrait fin à mon calvaire. À l’école, je détestais tout, la cour de récréation trop petite pour courir, la salle de classe aux murs jaunes crasseux, troués de punaises, odeur âcre, mélange de craie et de transpiration.  À côté du tableau noir, une grande carte de France avec ses départements à n’en plus finir, ses massifs, ses fleuves. Les panneaux de conjugaison, de calcul et autres tables de multiplication impossible à mémoriser.

Trop peu souvent, nous faisions de la peinture, toujours l’après-midi pendant que l’institutrice corrigeait nos exercices sur le cahiers du jour. Mon attirail assez rudimentaire, consistait en une boite en plastique blanc contenant six gros ronds de gouache, couleurs primaires, du blanc, du noir, du marron. Dans la boite, il y avait aussi deux pinceaux de mauvaise qualité. Des feuilles Canson de base, rangées dans leur habituelle enveloppe jaune.  

Nous étions installés par deux, sur des bancs d’écolier en bois ;  les filles avec les filles, les garçons avec les garçons. Je ne me souviens ni du prénom ni du visage de ma voisine, seulement de son matériel de peinture. Elle avait de la gouache en tubes qui lui permettaient de contrôler  ses mélanges ce qui était impossible avec nos pastilles bon marché. Pour couronner le tout, elle avait un pinceau chinois. Le pinceau lorsqu’elle le plongeait dans la peinture retenait une grande quantité de pigment et d’eau que la fille appliquait avec style et dextérité. Les enfants de la classe s’étaient regroupés autour d’elle pour admirer le spectacle.

Ce jour-là, j’ai peint rageuse, des montagnes sur un ciel gris-colère. Peut-être pour m’encourager ? L’institutrice m’avait donné la meilleure note de la classe. L’orgueil était sauf, restait la convoitise. Aujourd’hui, j’ai toute une collection de pinceaux chinois!

L’aquarelle c’est peu de pigment et beaucoup d’eau.

Avant de vivre au Québec, la mer méditerranée m’accompagnait quotidiennement. Une présence apaisante, caresse à l’âme. Je me rends compte aujourd’hui du grand privilège d’avoir passé une partie de ma vie dans cet environnement magnifique.

La mer est une histoire de famille. Les pique-niques,  rendez-vous sur la plage à l’heure du coucher du soleil.  

De la première vague qui culbute, eau salée par le nez, étouffe, fait mal à la gorge, pique les yeux ; au grand saut, le cou bien tiré pour ne pas boire la tasse. Plonger,  déterrer les tellines (petits coquillages), les manger crues, faire des châteaux, creuser le sable pour trouver l’eau. J’ai passé mon enfance dans l’eau.

Plus tard,  les boites de nuit en plein air.  Les merguez grillées coincées entre deux bouts de pain badigeonnés de moutarde de Dijon.  La  mer qui allège le poids des grossesses. Les bébés bercés sous un parasol. Les bébés offerts tendrement à la vague.

En immigrant à Montréal, les premières années ont été troublantes. J’ai dû ajuster  mes repères chromatiques aux blancs et aux gris ; pour cela, j’ai fréquenté assidûment la piscine du Village, me suis sevrée progressivement du bleu-Méditerranée.

Deuxième confinement.

Le temps s’allonge dans l’atelier, prière, méditation, aquarelle.  Je n’attends rien, ne demande rien. J’avance au jour le jour, fixe des programmes sur l’agenda. Le travail me protège. Dehors, il y a trop de bruit, trop de conseils, trop de contestations, trop de malheur, trop d’angoisse, trop de malades, trop de morts. Me taire, ne pas ajouter à la cacophonie du monde.

La musique classique réconcilie avec l’humain. Comment ne pas être envouté par Bach?

Je baigne le merveilleux papier provenant d’un ashram indien.  Il m’en reste encore quelques feuilles. Saturé d’eau, il gondole, signe que je peux commencer à peindre. Je répartis l’eau accumulée en flaques, puis l’eau teintée de jaune en grosses taches, cette première couleur ensoleillera par effet de transparence toutes les autres.

Lâcher-prise total. Le monde peut s’écrouler. Foutez-moi la paix ! Je suis ailleurs.

Bach, de la couleur et de l’eau.

https://fabienne-roques.artmajeur.com/

Un projet qui me tient particulièrement à cœur

Voilà un projet qui me tient particulièrement à cœur !

À la demande de la bibliothèque municipale l’Octogone à Montréal, j’illustrerai un recueil de textes dont les auteurs sont des personnes adultes nouvellement arrivées au Québec, tous étudiants en francisation.

Aline Apostolska anime depuis le mois de novembre, des ateliers permettant aux quatorze élèves, d’écrire trois textes correspondants à leur vie : hier, aujourd’hui, demain.

Lundi, j’ai passé la journée à l’école pour les rencontrer un à un. Je voulais les voir, les connaitre « en vrai » avant de les lire et commencer à peindre.

Quelle expérience ! J’ai été touchée aux larmes par toute cette motivation et efforts produits pour apprendre notre langue. Et les textes ! Tous plus émouvants les uns que les autres.

J’ai choisi de faire les seize œuvres du livre à l’aquarelle.

Mon travail devra être terminé le 31 décembre. Un beau cadeau de Noël. Je ne vais pas chômer. C’est ce qui s’appelle , bien finir l’année.

Pour cela, j’ai expérimenté deux papiers aquarelle :

1- mon éternel papier artisanal

2- le très classique Watercolor de Canson 38,1X27,9 cm

Je choisis de peindre sur le papier Canson car le ruban adhésif arrache le papier artisanal. Les délais étant ce qu’ils sont, je n’ai pas de temps à perdre.