Critique de la vidéo L’Histoire d’Anne – A tempera par Jean Lepage, cinéaste et professeur à l’Université de Montréal

Réalisateur : Étienne Laberge

: https://www.youtube.com/watch?v=oQflAYR6K64

12 mai 2024

Chère Fabienne,

Je ne m’attendais pas à autant de qualités dans cette vidéo.  Je passe rapidement sur l’aspect son et image ; boulot techniquement correct, j’ose dire sans guère plus. Mais il faut donner à la décharge des techniciens qu’il ne devait pas être facile de saisir tout ce que le réalisateur ‘’voyait’’ en profondeur de l’œuvre, un univers éthéré et décloisonnée, et qu’il tentait de leur communiquer avec des mots courants. Il y a une part de paradoxe entre ta performance personnelle qui est l’éclatement de vérités longtemps contenues, et leur destination visuelle finale : des cloisons appelées cadrages, emprisonnant des images de libération. En dépit de ces contraintes, l’Histoire d’Anne – A tempera est une vidéo très réussie.

Osmose des créations

Toi et Étienne Laberge avez tous les deux livré une ‘’performance’’ vraiment remarquable, qui tient à l’osmose qui soude vos interprétations respectives. Je SAIS quand quelqu’un sait raconter une histoire, et c’est manifestement le cas d’Étienne. C’est bien sûr aussi ton cas, sinon Étienne ne l’aurait pas sentie de façon aussi profonde. Son montage est commandé par une compréhension si aigue des émotions que tu livres, que les coupes qu’il pratique nous font entendre sans rupture la musique la plus intime de vos émotions rassemblées. Dit autrement : il n’y a pas d’image qui ne soit pure émotion, y compris les les gouttes de drop painting, il n’y a pas de coupe dans cette vidéo, il n’y a que des liens, des passages (avec toute la riche polysémie que le vocable passage contient). L’alternance des scènes entre les plans larges où tu peins et les plans serrés de ce que tu peins, est si parfaitement (je pèse le mot) orchestrée qu’Étienne lui-même CRÉE en parallèle avec ta propre création (et c’est cette extension de l’art, sa continuation vivante dans l’autre, qui est pour moi l’essence de l’art.)

En somme, l’Histoire d’Anne – A tempera version vidéo, a cette qualité des œuvres dont on peut dire, selon Kant, qu’elles sont des œuvres d’art : elle est tout à fait partageable.

J’espère que le producteur la fera circuler en Europe.

Jean Lepage

Je suis profondément reconnaissante du soutien immense que j’ai reçu tout au long de ce projet, lequel a véritablement amplifié mon travail de peintre.

Grâce à l’histoire d’Anne, j’ai transcendé les limites de l’atelier, surmonté mes doutes et plus encore.

Quel bonheur !

Loulou

Loulou
Acrylique sur toile 102X143 cm, 60X40‘‘,
Année 2012. VENDU.


Nous avions mes amis artistes Michel T. Desroches, Gilles Vallée et moi (je signais RHEIN à l’époque) organisé une exposition pluridisciplinaire avec le désir de sensibiliser le public à la maladie d‘Alzheimer.
Notre exposition a été vue en 2013 au CHUM, hôpital Notre-Dame et dans le service Stop Alzheimer de l‘hôpital Douglas.

L‘histoire :

Loulou était vieux, mais pas tant que ça. Avant d‘être malade, il aimait la mer, les voitures anciennes, sa femme, ses copains et ses petits enfants. Du jour au lendemain, il a glissé à toute vitesse dans une réalité qui n‘était pas la notre. Il disait des trucs bizarres, entendait des voix, était certain que des voleurs voulaient entrer par la porte-fenêtre du premier étage, celle qui donnait sur la piscine. Des bêtes dégoutantes grimpaient sur les murs de la maison, se faufilaient sous les meubles.
Cet après-midi dans le salon, la mer était mauvaise, assis dans le gros fauteuil anglais, Loulou était inquiet, ses longues mains agrippaient avec force les accoudoires rembourés. Il essayait de tout son corps de stabiliser une embarcation secouée par une mer déchainée. Le temps avait tourné trop rapidement. Il fallait rentrer au port sans attendre. Tous les bons marins savent que les tempêtes en méditerranée sont imprévisibles. Dangereuses. Loulou était de ceux-là. Un vrai bon marin !
Après l‘exposition, j‘ai animé tous les lundis après-midi jusqu’à il y a deux mois, des ateliers de peinture dans le service de gériatrie du CHUM. Durant sept ans, j’ai apporté mes couleurs à l’hôpital, ces patients m‘ont rendus leurs souvenirs, une humanité dégagée de conventions sociales. Ils m‘ont appris qu‘à l‘infinie fragilité de notre condition la seule réponse possible était l‘amour. Un amour délivré de la raison.
L‘expérience a été douloureuse et belle à la fois. Drôle souvent. Merveilleuse.

Hôpital Notre-Dame
vidéo Alliah productions

L’enfant métis

L’enfant métis

Série des icônes païennes
tempéra et feuille d‘or sur toile
51X41 cm 20 X 16‘‘
année 2019
550 $

J‘ai souvent peint ‚des mariages mixtes. L‘homme était noir et la femme blanche.

L‘histoire :

Quelques années avant de mourir ma grand-mère maternelle m‘a confiée avoir eu une relation amoureuse durant la guerre, avec un soldat américain noir.
Cette histoire, c‘est terminée par un drame horrible. Il m‘a fallu du temps, un travail de recomposition et d‘analyse pour comprendre que cet événement m‘avait marqué et toute notre lignée, au fer rouge.

À cette époque (1942-1945), en Algérie, une relation entre une jeune mère mariée à un officier à la guerre, avec un soldat américain de surcroit noir n‘était absolument pas envisageable.

L‘enfant métis n‘est pas né. Ma grand-mère a été mise au banc d’une certaine société et rejetée par sa famille.

Mais que ce serait-il passé si elle avait eu la force d‘assumer ? Le scandale ! Elle aurait divorcé, aurait été écartée de sa famille (c’est arrivé tout de même). Un enfant serait inévitablement né. La vie aurait était ailleurs, autrement . Ma mère qui a cette époque était née, aurait parlé anglais et francais. Je serais née en Amérique

Bon enfin… j‘ai peint cet enfant. l‘enfant métis. La seule réponse à la haine. La folie. Le racisme.
Le seul a être l‘avenir de l‘Homme.